par Dizery Salim, UNISDR
Genève – Le séisme qui a frappé la Turquie le 23 octobre a révélé que seulement le 9 % des propriétaires d’immeubles étaient assurés malgré l’assurance soit obligatoire dans les principales municipalités du pays.
La plus importante autorité d’assurances sur les tremblements de terre en Turquie affirme que cette chiffre plutôt décevante est la conséquence de la faible quantité de personnes assurées dans la région affectée, notamment à cause d’un manque de sensibilisation, du bas revenu des personnes qui donc ne peuvent pas se permettre une assurance et du laxisme dans l’application des lois.
Selon les sociétés de modélisation du risque, suite au séisme, les bas niveaux d’utilisation des assurances en Turquie engendreront probablement aux assurances un coût de 170 millions de dollars - une fraction moindre des 12 milliards payés après le tremblement de terre en Nouvelle Zélande et les 22 milliards après le séisme et tsunami du mois de mars dernier au Japon.
UNISDR, le bureau pour la prévention des catastrophes des Nations Unies, affirme que les assurances, bien qu’elle ne soient pas une panacée, peuvent souvent représenter une source de soulagement pour les personnes qui essayent de se remettre rapidement des désastres.
“Les assurances ne sont pas une solution à tous les maux,” déclare Andrew Maskrey, auteur principal du Rapport Mondial d’Evaluation pour la Réduction du Risque de Catastrophe de UNISDR, “mais peuvent aider les particuliers à réagir après les pertes causées par un grave séisme ou une tempête. Toutefois, si les pays n’investissent pas dans la réduction du risque de catastrophe le prix des assurances ne seront jamais abordables.”
Dans l’Afrique rurale, où des récoltes peuvent être détruites par la sécheresse ou les inondations, les assurances peuvent jouer un important rôle d’aide au redressement pour les personnes. A présent, la reprise est extrêmement lente car l’assurance n’est pas une pratique culturelle répandue, affirme Tricia Holly Davis, Directeur Commercial auprès du Willis Re/Willis Research Network, un des membres du groupe privé de conseillers UNISDR sur la réduction du risque de catastrophe.
“L’assurance peut représenter une partie fondamentale de l’habilité d’une société à réagir face à un événement extrême. Mais comment expliqueriez-vous l’assurance à une société qui ne l’a jamais utilisée?” demande Madame Davis dont la société est aussi sponsor bailleur de fonds du Global Earthquake Model (Modèle Mondial pour les Tremblements de Terre), un projet pour la modélisation commencé par l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique (OCDE).
Mais même dans des pays comme la Turquie et le Japon, où le marché des assurances est relativement mûr, et malgré une conscientisation élevée du grand public à propos des aléas sismiques, les taux de pénétration des assurances sur les constructions parmi particuliers demeurent bas. En Californie, aux Etats Unis, bien connue pour les fréquentes secousses, un peu moins de 12 % des propriétaires ont assuré leur immeuble contre les tremblements de terre.
Madame Davis affirme que les gouvernements doivent renforcer la résilience des communautés à travers les assurances. “Comment convaincre les gouvernements à dépenser pour la réduction du risque de catastrophe dans les plans de répartition nationaux? Et quel rôle joueraient-t-elles les assurances dans ce cadre? A travers la plateforme des Nations Unies nous pouvons nous confronter avec les gouvernements, pour mieux les comprendre et, par conséquent, pour informer les décideurs.”
Les entreprises commerciales turques ont d’ailleurs investi de manière considérable dans les services de continuité des affaires afin de protéger leurs capitaux et gérer les risques opérationnels de leurs affaires, affirme Mikdat Kadioglu, Professeur auprès de l’Université Technique d’Istanbul et auteur d’un récent rapport d’évaluation du pays sur la réduction du risque de catastrophe.
Suite aux deux importants tremblements de terre qui ont frappé la Turquie nord-occidentale en 1999, le Produit Intérieur Brut (PIB) du pays a chuté au 6.1%. Le tremblement de terre de dimanche, selon les toutes premières estimes du Groupe CEDIM Forensic Earthquake Analysis, pourra aller du 10 au 25 % du PIB provincial.
http://www.unisdr.org/archive/23306